Comme on nous retraite
11 mai 2010

« pas question pour le gouvernement de toucher au système de prélèvement qui permet d’assurer le financement. seule la variable concernant la durée de cotisation sera touchée, liée ou pas à l’âge légal de départ à la retraite »

Eric Woerth, ministre du travail et des affaires sociales, remettra dans la troisième semaine de mai aux partenaires sociaux un document d’orientation pour la réforme des retraites.

Comme son nom l’indique, ce texte devra guider les discussions qui, quoiqu’en dise le gouvernement, seront très resserrées. Un projet de loi sera présenté en Conseil des ministres fin juin ou début juillet. Quant aux orientations, le voile a été plus que levé. Selon une indiscrétion parue dans Le Monde.fr lundi 3mai, l’hypothèse ayant la faveur du chef de l’État serait celle d’un report de l’âge légal « à 61 ans en 2015, 62 ans en 2020 et 63 ans en 2030 ». L’information a été démentie aussi sec par le premier ministre, mais elle concorde avec les scénarios envisagés par le COR pour parvenir à l’équilibre budgétaire du système de2020 à2050 ( lire l’article). Le Conseil d’orientation des retraites estime en effet que « compte tenu notamment de la hausse projetée de la durée d’assurance requise pour une pension à taux plein à 41,5 ans en 2020 »l’âge moyen de départ réel à la retraite qui est actuellement de 60,6 ans « augmenterait d’environ 1 an à l’horizon 2020, de 1,5 à l’horizon 2030 et de l’ordre de 2 ans à l’horizon 2050 ». Un report qui selon les experts toucherait de la même manière le secteur public et le secteur privé ; Nicolas Sarkozy avait bien annoncé à l’issue du sommet social de février que la réforme devrait concerner tout le monde, même s’il s’était dit prêt à examiner les spécificités de certaines catégories.

Les spécificités seront examinées par des groupes de travail. Elles traitent de la pénibilité de certains métiers, de l’emploi des seniors, de la gouvernance du système et de la fonction publique.

Cette dernière est volontiers stigmatisée par le gouvernement ou le Medef. On montre du doigt des fonctionnaires dont le niveau des pensions serait supérieur à celui des retraités du régime général, dont la période de référence pour le calcul du montant de la retraite serait anormalement courte. C’est oublier un peu vite les raisons historiques qui ont produit une telle différenciation et qui, justement, répondaient au souci d’assurer une forme d’équité entre le traitement réservé aux salariés, qu’ils soient issus du privé ou des fonctions publiques (lire l’article). C’est aussi ignorer que les fonctionnaires ont, eux aussi, déjà été visés par les précédentes réformes et notamment celle de 2003. La mise en œuvre de cette dernière, progressive, sera achevée en 2020 mais les effets s’en font déjà sentir. Dans l’enseignement du premier degré par exemple, les calculs réalisés par le SNUipp montrent que l’âge effectif de départ a reculé d’une année en moyenne, le taux de remplacement est passé de 78% à 57%. Et si l’on met en œuvre certaines options a priori envisagées pour la réforme de 2010, le montant d’une retraite pourrait, selon les cas de figure, diminuer de près de 50% d’ici à 2020 comparé à ce qu’il était avant la réforme de 2003 (lire l’article).

En revanche, pas question pour le gouvernement de toucher au système de prélèvement qui permet d’assurer le financement.

Seule la variable concernant la durée de cotisation sera touchée, liée ou pas à l’âge légal de départ à la retraite. Or, le système retenu pour financer le système aggrave les inégalités. Une étude publiée par l’Insee en 2009 montre que le partage de la valeur ajoutée se fait de plus en plus au détriment des salaires. En 1980, 73,9% de la V.A. leur étaient destinés tandis que 26,1% alimentaient les profits, contre respectivement 65,1% et 34,9% en 2008… La crise financière et économique apparue en 2008 ne va sans doute pas améliorer la situation. Ses effets « risquent de se faire durablement ressentir si des politiques favorables à l’emploi et aux salaires ne sont pas privilégiées »estime la FSU pour qui « d’autres choix sont possibles »et en particulier, celui d’élargir l’assiette de cotisation aux revenus liés, par exemple, aux produits financiers et au patrimoine.

La réforme sera également porteuse d’un projet de société. Certes l’espérance de vie augmente et le ratio entre cotisants et pensionnés diminue. Il devrait atteindre à terme 1,2 salarié pour 1 pensionné. Mais les seniors ne sont présentés que comme une charge ; or leur apport à la société n’est pas neutre. Ils en constituent une composante sociale et économique de plus en plus importante que les critères actuels du PIB ne prennent pas en compte (lire l’article). Autre question ignorée, celle des inégalités de traitement, notamment entre les hommes et les femmes : le système des retraites se contente de reproduire les situations générées par le marché du travail (lire l’article). Et puis il y a aussi la situation des générations. Celle entrée en activité dans les années quatre-vingt partira à la retraite alors que la réforme de 2003 sera à son apogée. Celle entrant aujourd’hui subira les pleins effets de la réforme de 2010 en 2050 quand, précisément, sonnera l’heure de sa retraite ; tout cela alors que du fait de l’allongement des études, de la difficulté à trouver un premier emploi, l’âge d’entrée dans le travail est de plus en plus tardif (lire l’article).

Que disent les hypothèses du COR de ces réalités devenues plus qu’émergentes ? Qu’en dira la réforme du gouvernement demain ? Pour l’instant, en tout cas, pas grand-chose n’est dit !