Avec la formation CircoRéso, on a abandonné notre rêve impossible de la recette magique pour du développement professionnel ». En quelques mots, Pascale Poussin, coordonnatrice de laZEP des Courlis à Nevers, dans la Nièvre résume un sentiment partagé par les membres de l’équipe des trois écoles du secteur au sujet d’un dispositif de formation-accompagnement en place depuis plus d’un an sur le thème des enfants « perturbateurs ». « Ces élèves qui, à certains moments, n’en sont pas, c’est une difficulté professionnelle dans la classe » avoue Pascale. La problématique est à la fois de les aider « à mieux vivre l’école, à apprendre » tout en rendant « le métier d’enseignant plus vivable, plus serein ». Alors,quand l’Inspection académique de la Nièvre et le rectorat de Dijon avec le concours de l’INSHEA (1) ont monté cette formation singulière pour travailler cette question, Pascale reconnaît que tout le monde s’est senti concerné : « pour une fois, on avait le temps de penser ». Pour Isabelle Lardon, conseillère pédagogique de la circonscription qui a coordonné les sessions, la singularité tient aussi dans le fait de « réunir sur l’année, une journée par semaine, une quinzaine de professionnels divers remplacés par des PE2 en stage filé et concernés, de près ou de loin, par cette difficulté : enseignants en classe, RASED, référents,conseillers pédagogiques et IEN ».
Se former au sein d’un groupe inter-métiers,cela ne va pas de soi.Michael Gillot, enseignant de cycle III,avoue avoir été désorienté au début. « Pour nous, formation signifie construire des outils concrets, des « trucs »pour gérer les situations difficiles ». Au fil des semaines,ces certitudes se sont déconstruites. Maison a pris le temps de regarder le détail de l’ordinaire de ce qu’on fait, plutôt qu’à faire de l’extraordinaire : les moments de passage en récré, les séances de motricité… « La formation, cela a été de se constituer un cadre de travail collectif, un espace qui permet de penser puis d’agir à plusieurs quand d’habitude on se sent seul et dans l’urgence »explique Morgane Bernard-Besançon,une autre enseignante de cycle III. Résultat, des questions mises à jour pour pouvoir réguler les situations lorsqu’un enfant met toute son énergie à bousculer la classe : « Quelles actions concrètes élaborer pour prévenir certains débordements de certains élèves ? Quelles postures professionnelles renforcer ? ». Annette Gien, inspectrice de la circonscription et stagiaire, reconnaît que sur cette problématique « personne n’a d’emblée la bonne réponse ». Mais chacun a joué le jeu d’écouter un peu mieux les préoccupations des autres acteurs. Ensemble, ils ont ainsi dressé la liste des situations scolaires génératrices de perturbations. Un nouveau terme est né « le filet », une sorte de réseau mis en place avec le RASED, l’école et la circonscription, pour aider les enseignants en difficulté à préparer la classe afin de limiter les « risques d’explosion ». « Chaque semaine, on pose des mots de plus en plus justes sur nos situations. Ce qui nous permet de remettre de l’ordre sur nos difficultés »avoue Pascale.
Les conférences mensuelles des chercheurs ont fait écho au travail engagé, en croisant les points de vue. Morgane se souvient de celle de Stéphane Bonnery sur les malentendus d’apprentissages, invité par le CAREP de l’académie.« Certains troubles du comportement, c’est le contexte,la situation d’apprentissage qui les renforcent »explique-t-elle. À partir de séquences filmées en classe,l’équipe s’est intéressée aux gestes professionnels qui permettent l’engagement des élèves dans le travail scolaire. Que se passe-t-il dans la tête des élèves ? Quels sont ces moments de décrochages parfois fugaces mais bien réels ? « On a vu l’importance d’être explicite dans les tâches demandées aux élèves » insiste Morgane.Elle a pu aussi présenter les rituels qui régulent les temps d’entrée dans la classe ou le passage entre deux activités.
« On s’est mis à penser collectif »reprend-elle, ce qui fait que la suite est tout aussi prometteuse que vertigineuse « quand on prend conscience de ce qu’il y a à faire ».Cette année, l’équipe travaille sur « devenir élève ». Le « filet »continue de se tisser, les stagiaires de CircoRéso sont aujourd’hui des ressources pour toute l’équipe de la ZEP. Le métier, toujours, sur l’ouvrage.
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