Dossier : "Nouveaux programmes | Reprendre le cours de l’histoire "
« Chercher à atteindre le réel »
18 décembre 2013

Entretien avec Philippe Joutard, historien. Philippe Joutard est aussi ancien recteur et a présidé la commission d’experts pour les programmes de 2002.

JPEG - 3.8 ko

- Quel bilan des précédents programmes ?

  • Les programmes de 2008 manquent de logique et restent dans l’ambiguïté. Ils reviennent au roman national, à une histoire franco-française, mais sont obligés de terminer sur une histoire européenne... Ensuite ils suppriment le principe qui consistait à faire comprendre aux enfants qu’ils sont aussi acteurs d’histoire par l’introduction de groupes à côté des grands personnages, comme les poilus dans les tranchés. Au cycle 2, les programmes de 2002 proposaient de structurer le temps à partir de la vie des élèves, ce qui donnait du sens. Mais quand les programmes de 2008 demandent de mémoriser quelques vagues dates et grands personnages, ça n’a aucune signification en histoire...

- Comment concevoir cet enseignement ?

  • Dès l’école primaire, il faut que les élèves comprennent que l’histoire cherche à atteindre le réel, qu’elle n’est pas de la fiction. L’histoire commence quand on essaie de voir qu’il y a une continuité, que les événements successifs s’articulent et génèrent de nouvelles situations historiques. Le rôle de la discipline est d’expliquer ce qu’est le temps historique : une évolution, un temps linéaire avec des ruptures. Et c’est très facile dès le cycle 2. En comparant des objets usuels simples comme les téléphones par exemple mais aussi en projetant un film, en interrogeant les parents ou les grands parents, en observant des calendriers différents...

- Quels documents d’accompagnement ?

  • Il ne peut pas y avoir d’appropriation de nouveaux programmes sans associer les enseignants à toutes les étapes de leur élaboration. Ensuite, il est nécessaire de publier des documents d’accompagnement et de prévoir une formation continue permettant de diffuser les bonnes pratiques (présentation de séquences types et de récits historiques par exemple). Il faut conserver les grands personnages mais à condition de les placer dans un contexte et d’y associer des anonymes (femmes dans la résistance, esclaves...). Enfin, l’histoire doit reposer sur une approche transversale, par une entrée littéraire dans les textes mais aussi en géographie ou en mathématiques...