Dossier "Orthographe à l’école, sans faute"
Chaillac (36) | Inventer l’orthographe en grande section
5 octobre 2015

À l’école de Lucenay, on pratique la négociation graphique du CE1 au CM2. Un travail au long cours, coordonné, qui porte ses fruits en encourageant un autre rapport à la langue écrite.

« Vous vous souvenez de l’histoire des 3 grains de riz et de nos personnages ? » interroge Eric Chabrol. « Oui » s’exclament les élèves : « le dragon, le canard sauvage et le panda ! On a déjà écrit le dragon et bien maintenant on va essayer d’écrire le canard » poursuit le maître. Dans cette classe de GS/CP de Chaillac, c’est le désir d’écrire, sans peur et sans blocage, et un rapport affectif à l’écrit qui président à l’écriture inventée. Ce sont les travaux d’Emilia Ferreiro, puis plus tard ceux de Mireille Brigaudiot qui avaient amené cet enseignant à orienter son CAFIPEMF vers la recherche autour de la conscience de l’écrit.

Éveiller la conscience orthographique


Dans un premier temps, les élèves de grande section sont sollicités pour montrer ce qu’ils savent faire. « On procède comme pour une résolution de problème » explique l’enseignant. Chacun va mobiliser ses connaissances, se poser des questions, balbutier et réfléchir à la façon dont il va procéder pour encoder les sons « le canard » sur le papier. Et c’est résolument et fièrement qu’ils viennent ensuite expliquer au maître pourquoi ils ont utilisé telle lettre ou telle autre. À travers un petit dialogue, Eric leur fait déjà observer quelques erreurs de cheminement. Dans la phase collective de mise en commun, l’étayage du maître favorise la prise de conscience du nombre de mots à écrire différent du nombre de syllabes entendues et permet la segmentation du groupe nominal en mots puis en syllabes. Puis les propositions des uns et des autres, bâties sur les références de la classe, données (prénoms, jours de la semaine) ou construites (imagier par thème, albums...) sont débattues. Le maître les conduit vers l’écriture « normée ». « Vous avez dit que le son k c’est celui de Killian mais dans vos prénoms, est-ce qu’on entend k encore ailleurs ? ». « Oui dans Lucas » s’écrient les enfants. « L’écriture inventée, c’est un travail de longue haleine, une imprégnation qui va faciliter l’encodage et la lecture » poursuit Eric « mais cela nécessite la constitution d’un système de références dans lequel les élèves pourront puiser les lettres, les syllabes et les sons, selon les besoins en lecture et en écriture. »

EN BREF

ÉCHELLES DE FRÉQUENCES
Des corpus utiles


70 mots constitueraient à eux seuls 50 % des mots de tout texte français et 3 680 mots garantiraient une couverture à plus de 90 % de nos besoins en situation de communication écrite courante. C’est dire l’importance des corpus de mots comme outil de référence pour l’orthographe lexicale. Certains sont des listes basées sur des degrés d’acquisition comme la fameuse échelle Dubois-Buyse qui date de 1940 ou plus récemment la base EOLE de Béatrice Pothier. Ou, classées par fréquence d’apparition dans l’écrit, on trouvera les listes orthographiques de base de Nina Catash ou le lexique de 1500 mots d’Étienne Brunet proposé sur Eduscol.
EN BREF

TWICTÉE EN 140 SIGNES
Une pratique qui essaime


Elles prennent de l’ampleur les #twictées, ces dictées collaboratives partagées sur le réseau social « Twitter ». Sans doute parce qu’elles permettent aux enseignants de (re)motiver leurs élèves en redonnant du sens à une pratique orthographique au service de la communication. Sans doute aussi parce que ses concepteurs Régis Forgione et Fabien Hobart se sont appuyés sur une base didactique solide proposée par D. Cogis et C Brissaud : négociation graphique, exercice de la vigilance et de la justification orthographiques avec les #twoutils, identification et classement des erreurs avec les balises #, ...
Voir FSC n° 408 et #twictée, @profdesecoles, @karabasse77
EN BREF

COPIE
Un outil pour apprendre


« Scriptum », un manuel pour apprendre à copier. À l’Université d’automne 2014 du SNUipp, Sylvie Cèbe et Catherine Martinet ont présenté les recherches qui ont abouti à la rédaction de cet outil. Selon elles, si la copie est beaucoup utilisée pour automatiser les gestes d’écriture, elle l’est beaucoup moins pour fixer la forme orthographique des mots. Leur ouvrage, construit avec des enseignants, propose des séances fortement guidées pour enseigner d’abord des procédures de copie efficace mais ensuite des stratégies de mémorisation de l’orthographe lexicale. Parution en janvier prochain aux éditions Retz.
Rubrique Métier/Témoignages

L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- Pédagogie : Remettre à niveau
- « Pas juste dire : ‘c’est comme ça ’ » - 3 questions à Jean-Pierre Jaffré, linguiste
- Dictées flash en équipe : À Lucenay, des séances bien négociées
- Chaillac (36) : Inventer l’orthographe en grande section
- « Un véritable défi sur la durée » - Entretien avec Catherine Brissaud, professeure de sciences du langage