Dossier "Nouveaux programmes : un nouvel élan pour la maternelle ?"
Bordeaux (33) | L’école Paul Lapie mobilisée pour le langage
13 décembre 2015

À Bordeaux, l’exemple d’une école qui se mobilise pour le développement du langage dans toutes ses dimensions. Avec l’accompagnement d’une enseignante-chercheure, l’équipe enseignante travaille entre autres sur la compréhension du récit à travers les albums.

Aujourd’hui, à l’école maternelle Paul Lapie à Bordeaux, Catherine Gerby fait la lecture de « Tchoupi fait un gâteau », un album qu’elle a apporté :
C’est l’heure du goûter.
- « Voilà le gâteau au chocolat fait par T’choupi ! Oh mais, qu’est-ce que c’est que ce petit trou au milieu ? » T’choupi devient tout rouge :
- « C’est sûrement une souris qui a voulu goûter mon gâteau... »

Avec de grands sourires entendus, les enfants ne tardent pas à réagir. Leurs remarques fusent : « Non, c’est Tchoupi ! C’est Tchoupi qui a fait le trou ! Avec son doigt ! ». Pas un ne semble penser que c’est vraiment une souris qui a creusé le trou. Tous ont compris que c’était Tchoupi qui avait mis son doigt dans le gâteau pour le goûter. Pour l’enseignante, en maternelle depuis 1994 et PEMF depuis 2000, l’objectif est atteint : « les enfants ont appris à comprendre ce qu’on leur lit ». Pour en arriver là, « les enfants font d’abord le gâteau en classe. Puis ils jouent au coin-cuisine à préparer le gâteau. Je joue avec eux, je parle avec eux. Ils jouent seuls aussi à d’autres moments. Puis je raconte l’histoire, pour permettre de reconnaître l’expérience vécue et construire le personnage comme un alter ego. Je raconte en levant les implicites : je dis que c’est Tchoupi qui a mis son doigt dans le gâteau pour le goûter mais qu’il ne veut pas le dire. J’outille tous les élèves pour comprendre avant même d’apporter l’album et le lire ». Alors qu’il y a encore dix ans, elle pouvait lire le même album en considérant que la lecture « je lis, je montre » en grand groupe se suffisait à elle-même, Catherine Gerby revient sur cette formation qui a changé ses façons de faire classe. « En 2006, je bénéficie avec mes collègues maîtres-formateurs d’une formation assurée par Véronique Boiron, où est posé le problème des obstacles à la compréhension à travers la lecture des albums en maternelle. »

Dans le même temps, en poste à l’école maternelle Bourran de Mérignac, elle fait avec ses collègues « le constat qu’une bonne partie de nos élèves ne comprend pas ce qui n’est pas explicitement signifié, comme par exemple la ruse du renard dans Roule galette ». L’équipe enseignante demande alors à Véronique Boiron de venir dans leur école. Pendant quatre ans, à raison d’une fois par trimestre, « les réunions de travail seront composées à la fois d’apports théoriques, d’échanges sur nos pratiques et sur les activités des élèves ». De nouvelles façons de faire seront expérimentées.

Une programmation par objectifs dans le domaine de la compréhension de l’écrit verra le jour en 2008. Suite à un changement d’école en 2011, Catherine Gerby propose à ses nouveaux collègues de travailler à partir de cette programmation et de poursuivre la collaboration avec Véronique Boiron. « Notre programmation continue à évoluer, selon ce que les élèves nous renvoient. Ça ne sert à rien de commencer trop tôt des lectures d’albums résistants, avec des textes complexes pour les maternelles, sans avoir outillé les élèves au préalable. Ce que je retiens de ce travail en équipe, c’est la possibilité de se dégager de sa pratique pour l’interroger à plusieurs, c’est l’apport théorique d’un enseignant-chercheur qui fait évoluer notre réflexion et c’est la possibilité d’expérimenter d’autres façons de concevoir et de mettre en œuvre pour que tous nos élèves apprennent à comprendre ce qu’on leur lit. »

EN BREF

OCDE
La maternelle : un des points forts de l’école française


« Les enfants qui ont émigré dans un pays de l’OCDE entre l’âge de 6 et 10 ans ont obtenu 19 points de moins aux épreuves PISA de compréhension de l’écrit que ceux qui y ont émigré avant l’âge de 6 ans », note l’organisation. Cet écart est supérieur à 39 points en France, où la scolarisation des 3-4 ans est généralisée. Pourtant, le pays dépense nettement moins que la moyenne pour la maternelle (6 969 $ /enfant contre 8 000) et a un taux d’encadrement de 23 enfants par professeur contre 14 en moyenne.
EN BREF

ÉVALUER EN MATERNELLE
Nouvelles modalités


Pour chaque année du cycle, un carnet de suivi des apprentissages, dont la forme est laissée au choix de chaque équipe, rendra compte des progrès de l’élève. Renseigné par l’enseignant de la classe, il sera communiqué régulièrement aux familles. En fin de cycle, l’équipe pédagogique établira une synthèse des acquis, en renseignant un bilan synthétique. Il s’agit d’un document national, qui sera communiqué aux familles puis transmis à l’école élémentaire.
EN BREF

LANGAGE
Une priorité


Véronique Boiron, enseignante chercheure en sciences du langage et en didactique du français, est formatrice à l’ESPE d’Aquitaine. Dans une vidéo filmée lors de l’Université d’automne du SNUipp-FSU à Port Leucate fin octobre, elle reprend le contenu de sa conférence « Langage oral : enjeux, progression et activités » sur le langage oral en maternelle.
http://www.snuipp.fr/Veronique-BOIRON-Enseigner-le

L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- Retour d’enquête - Ce qu’en disent les enseignants
- Bordeaux (33) - L’école Paul Lapie mobilisée pour le langage
- Champigneulles (54) - C’est aussi une affaire de familles
- « Une école bienveillante et exigeante » - Entretien avec Viviane Bouysse, Inspectrice générale de l’Education nationale