Dossier : "Pour que les cycles tournent rond "
Baliser les apprentissages
14 janvier 2014

3 questions à Roger-François Gauthier, professeur de politiques éducatives comparées (Paris-Descartes), membre du conseil supérieur

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- Quels enjeux pour les nouveaux cycles ?

  • L’objectif de l’école obligatoire est clair : la maîtrise d’un socle commun, qui va être redéfini en mettant au centre l’idée d’une culture commune. Les cycles sont un mode d’organisation pour en arriver là, avec cette idée que l’école doit être claire sur les attendus, à des niveaux qui servent de repères. Mais les cycles sont une façon de baliser les apprentissages, pas de bloquer les parcours.

- Comment favoriser des objectifs d’apprentissages ?

  • Ce qui définit les différents enseignements auxquels un élève se trouve en théorie « exposé «  est un vrai patchwork ! : programmes traditionnels, socle commun de compétences, évaluations nationales, dont l’objet a fluctué selon les années, livrets personnels de compétences, épreuves formatées de l’examen du brevet, ainsi que les différents thèmes connus sous le nom d’« éducations à… « . Il faut mettre tout cela en hiérarchie. Or, là-dessus, la loi de refondation apporte pour la première fois des réponses, notamment en termes de valeurs : le sens de ce qu’on apprend, le rattachement de ce qu’on apprend non à des savoirs aléatoirement définis ou à des modalités plus ou moins opaques d’évaluation mais à des valeurs, voilà ce qui remet sur leurs pieds les apprentissages.

- Pourquoi la notion de curriculum est-elle si difficile à aborder ?

  • On a trop idéalisé en France les savoirs scolaires : sacralisation de ces savoirs eux-mêmes, réputés intangibles, et idéalisation de leur rencontre avec les élèves réels ! Ce n’est pas tant le mot de curriculum qui doit nous retenir que les trois idées qui vont avec : les programmes ne sont pas une simple occasion d’évaluer et de trier les élèves -ils ont de la valeur en soi- ; il faut construire en même temps les programmes, les évaluations des élèves et la formation des maîtres. C’est aussi cela qui permettra d’atteindre cette cohérence qui a tellement manqué ces dernières années ; dernière idée, les programmes ne sont pas une norme nationale à exécuter ! ce sont des objets au sens clair dont les maîtres, dans la diversité des situations d’exercice, se saisissent en professionnels. Avec naturellement les régulations qu’exige le souci permanent de l’équité.