Dossier "Manuels scolaires : Les mettre à la page"
Au rapport : Un usage paradoxal
13 octobre 2014

D’après un rapport de l’Inspection générale, les manuels scolaires doivent répondre à un cahier des charges paradoxal, qui demeure avec l’arrivée de leurs déclinaisons numériques, et sont trop peu utilisés comme outils de référence. Décryptage.

« Contesté mais plébiscité », c’est ainsi que l’Inspection générale qualifie le manuel scolaire dans un rapport de 2012 sur son histoire et ses usages contemporains. Dès sa conception, le manuel semble poser un ensemble de questions aussi complexes que l’exercice du métier d’enseignant lui-même. Outil pédagogique, mais également objet symbolique, il est destiné aux élèves mais aussi conçu pour les enseignants et choisi par eux. Il est porteur de la prescription officielle mais de moins en moins contrôlé par l’institution. Le rapport note toutefois que « son utilisation est très fluctuante  ». On sait en effet que les enseignants l’utilisent assez rarement de A à Z, se servent d’autres supports en parallèle, font appel au numérique. Manuels de lecture délaissés au profit d’albums de jeunesse qui ne sont pas toujours adaptés, du fait de leur complexité narrative, lexicale et syntaxique, manuels de mathématiques remplacés par des fichiers sans que les situations d’apprentissage soient précisées, photocopies ou ‘’mix’’ de plusieurs séries, parfois anciennes pour l’histoire géographie… Le rapport déplore avec insistance que « les manuels soient trop peu utilisés comme des outils structurants, permettant de mettre en œuvre de nouveaux programmes, et davantage comme des réservoirs d’exercices et de documents », sans doute faut-il y voir le résultat d’écueils soulevés par l’IGEN : les manuels sont jugés « lacunaires » et «  le décalage fréquent avec l’évolution des programmes en particulier dans le premier degré ».

Modélisation difficile

Il y a nécessité à ce que le caractère indispensable du manuel soit nettement réaffirmé, pris en compte dans la formation initiale et continue et dans le plan de travail des corps d’inspection. Une volonté paradoxale puisque le rapport souligne par ailleurs que « l’histoire des outils éducatifs montre qu’ils ne modélisent pas les pratiques, mais sont réinvestis par les enseignants au service de leurs pratiques et de leurs objectifs ». Le manuel numérique, si son développement est inéluctable, n’échappe pas aux questions. « Ses potentialités sont probablement considérables à condition d’éviter les mirages technologiques » note le rapport qui remarque qu’il est encore bien souvent simplement numérisé ou enrichi plutôt que véritablement interactif.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Le coût des outils pédagogiques
- Au rapport : Un usage paradoxal
- Trois questions à Sylvie Milochevitch, directrice éditoriale du secteur scolaire primaire aux éditions Hatier : « Tenir compte des différentes pratiques des enseignants »
- Lectorino et Lectorinette : Un outil irrigué par la pratique quotidienne
- Échanges professionnels : Parler manuels, c’est parler métier
- Entretetien avec Éric Bruillard, Professeur d’informatique à l’ENS : « Le numérique peut faciliter les échanges de ressources »