Maternelle
Au commencement était la parole
14 mars 2012
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L’école maternelle prépare l’enfant à devenir élève. L’acquisition et la maîtrise d’un langage scolaire est la clef du parcours ultérieur de l’élève. [Fenêtres sur cours] la revue du SNUipp ouvre le dossier.

A quoi sert la maternelle ? Les propos ironiques de l’ancien ministre Xavier Darcos qui en 2008 s’interrogeait sur la nécessité de faire « passer des concours à Bac+5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches » ont laissé des traces. Stigmatisants pour les professionnels, ils traduisaient surtout une méconnaissance et un mépris des enjeux auxquels l’école maternelle doit répondre : aider le jeune enfant à devenir élève. Ce passage, de l’univers familial au milieu scolaire, passe nécessairement par la maîtrise du langage. C’est là un des enjeux principaux de la lutte contre l’échec scolaire. Les programmes de 2002 avaient mis particulièrement l’accent sur cette question. Ceux de 2008, malgré les déclarations à l’emporte pièce de X.Darcos, affirmaient l’école maternelle comme une étape fondatrice de la scolarisation ultérieure et le lieu de la maîtrise du langage oral. En 2010 c’est Luc Chatel, son successeur, qui remet la question sur le tapis. Le plan de prévention de l’illettrisme est décliné dès la maternelle, prévoyant l’apprentissage méthodique du vocabulaire, la mémorisation de comptines, la lecture publique et même, le recours à l’aide personnalisée.

La clé des apprentissages

« La richesse de l’oral est indispensable à la réussite des apprentissages, en particulier de la lecture : la richesse de l’oral crée une capacité d’anticipation sur les mots, l’ordre des sons, l’organisation des phrases, les rapports entre l’écrit et le sens, qui facilite l’apprentissage », résume Anne-Marie Doly de l’IUFM d’Auvergne lire l’article. Autrement dit, il y a peu d’espoir de réussite scolaire à l’élémentaire si des bases langagières solides n’ont pas été acquises à la maternelle. Et encore, ne s’agit-il pas de n’importe quelles bases langagières. Il s’agit du «  langage de l’école, le langage des apprentissages, mais aussi le vocabulaire de travail  », précise Véronique Boiron de l’IUFM de Bordeaux lire l’article. Or, pour de nombreux enfants, notamment ceux issus des milieux populaires qui sont les plus éloignés de la culture scolaire, le langage de l’école est inconnu, les attendus difficiles à comprendre d’où, selon la chercheuse, l’importance d’un « enseignement programmé » du langage.

Un haut niveau de professionnalité

Dans une contribution pour le SNUipp, la linguiste Mireille Brigaudiot soulignait que cette programmation requiert un haut niveau de professionnalité, et que « l’attitude du maître est décisive ». Elle nécessite « un entraînement à penser et conduire la classe en fonction de valeurs, d’objectifs précis de fin de cycle et d’éléments théoriques forts ». Or, ce haut niveau tombe rarement du ciel. Il s’acquiert au contact des pairs plus chevronnés, avec l’expérience mais aussi par une formation initiale et continue qui mériterait une grande spécialisation. C’est ainsi qu’en 2007 le haut conseil à l’éducation déplorait une formation «  préparant le plus souvent à la seule école élémentaire », ignorant donc les spécificités de la maternelle. La réforme de la mastérisation n’a pas depuis amélioré la situation lire l’article. Et malgré les outils et ressources proposés par le ministère, comme la mise en place dans les départements d’IEN maternelle ou des correspondants académiques pour la mise en œuvre du plan de prévention contre l’illettrisme, le manque d’accompagnement reste pesant.

Pratiques de classe

Dans les écoles les enseignants s’appliquent à remplir leur mission, parfois avec créativité mais sans débauche de moyens. Ainsi, dans la Drôme, Fabien Dejoux travaille à partir d’une collection d’objets hétéroclites pris en photo pour faire entrer ses élèves de PS en activité de langage. Des séances menées en demi groupe avec le concours de l’ATSEM lire l’article. Autre exemple dans l’Eure. Françoise Sudre dont l’école est classée en ECLAIR, travaille le langage avec des photos de chacun de ses élèves prises dans différentes situations de classe. Des images catégorisées par les élèves et qui servent de support aux ateliers de langage lire l’article. Françoise organise même des ateliers parents-enfants sur le temps de l’aide personnalisée ce qui contribue à la maîtrise d’un langage scolaire par les uns et les autres. C’est ainsi que les enfants deviendront plus facilement de bons élèves. Et si on pariait sur la maternelle !

Voir aussi :
- l’interview de Mireille Brigaudiot : mais à quoi sert la grande section ?

Télécharger :
- la brochure « Redonnons des couleurs à la maternelle »