Rythmes scolaires
Arythmie en 2013
26 mai 2013

Avec seulement 18,6% des communes passant à 4,5 jours en 2013, la mise en œuvre de la réforme des rythmes s’avère difficile. D’autant que les communes élaborent la nouvelle semaine selon des modalités très diverses. Tour d’horizon de quelques situations représentatives.

18,6% des communes, 22,5% des écoles, 22,3% des élèves, les chiffres du passage à 4,5 jours en 2013 rendus publics par le SNUipp-FSU traduisent l’ampleur des difficultés de cette réforme à l’épreuve de sa mise en œuvre. Avant que les DASEN n’avalisent les projets, les communes sont rentrées dans une phase d’élaboration de la nouvelle semaine selon des modalités très diverses : certaines consultent enseignants et parents, d’autres non, certaines appliquent le décret, d’autres s’en éloignent. Tour d’horizon de quelques situations représentatives.

À Joué-lès-Tours, on demande un arbitre

Certaines communes, à l’économie, optent pour un « saupoudrage » en réduisant le temps scolaire par petites touches Ainsi à Joué-lès- Tours (40 000 habitants) les 15 écoles publiques se sont vu présenter de nouveaux horaires prévoyant de simples décalages d’1/4 d’heure de la pause méridienne et des heures d’entrée et de sortie de classe. Ce choix à l’économie qui ne prévoit pas de temps d’activités périscolaires (TAP) a été très largement rejeté dans les écoles. Parents et enseignants dénoncent un « projet municipal élaboré sans aucune consultation ni concertation des professionnels et des parents » et proposent un aménagement différent : 8h30-11h30 (dont le mercredi) et 13h30-15h45. Une organisation qui permet d’envisager des TAP de 45 minutes en leur donnant un réel contenu éducatif et qu’ils soumettront au maire lors d’une audience. En cas de nouveau blocage, les conseils d’écoles voteront contre le projet de la municipalité et demanderont au DASEN de se positionner.

Le Maire de Servon a dit : « on veut faire, mais pas sans vous... »

D’autres communes, respectant mieux l’esprit du décret, raccourcissent les 4 journées de 45 minutes. Comme à Servon-sur-Vilaine, 3600 habitants, où les dix enseignants de l’école primaire étaient pourtant réticents à transformer la semaine scolaire dans la précipitation. Le climat de confiance et de dialogue établi avec la mairie a sans doute joué un grand rôle. Celle-ci avait déjà prévu de passer en 2013 à un double service de restauration le midi. Un tout nouvel équipement dédié à l’accueil périscolaire a permis d’évacuer le problème épineux d’occupation des locaux. Guillaume, le directeur, souligne l’importance des réunions de concertation qui se sont tenues régulièrement dès le mois de janvier : « l’équipe ne souhaitait pas modifier la pause méridienne et le maire a accepté d’organiser les TAP en fin d’après-midi ». Le projet retenu : une matinée plus longue de 8h 45 à 12h15 avec une après-midi raccourcie de 13h45 à 15h 30 et 3 heures le mercredi matin. Des ateliers, gratuits au moins la première année, sont organisés tous les jours de 15h 30 à 16h 30. L’équipe a choisi de placer l’APC tous les lundis en parallèle de l’activité péri-scolaire. Pour Guillaume, « ce scénario a été validé en Conseil d’école même si certains collègues ont un peu de mal avec le mercredi matin. On a la chance de pouvoir mettre en place un projet dont on est les décideurs, autant essayer en 2013... »

Peu de communes changent de rythme scolaire et toutes ne le font pas de la même manière

Hors décret à Parentis

Certaines communes préfèrent sortir du cadre trop contraint du décret en regroupant les activités périscolaires sur deux séances de 1h 30 ou en diminuant les horaires de l’après-midi au profit d’une matinée de 4 heures de classe. À Parentis-en-Born dans les Landes, la mairie était partie sur un projet d’allongement de la pause méridienne. Mais pour les 15 enseignants de l’école élémentaire, pas question de récupérer les enfants après trois heures de pause dans cette petite ville côtière où il est souvent difficile de mettre les enfants au travail l’après-midi. Une nouvelle organisation qui fait consensus a été proposée : Horaires de prise en charge inchangés (9h-12h, 14h-17h) mais le mardi et le vendredi, l’école s’arrête à 15h30 pour deux plages de TAP de 1h 30. Une solution qui ne modifie pas l’organisation des transports scolaires et permet à la commune d’organiser des activités sportives, musicales, linguistiques plus structurées en utilisant le milieu associatif local. Laurence, la directrice attend avec impatience l’autorisation du DASEN pour cette organisation hors décret : « Ça n’a pas été facile de se mettre d’accord et il serait dommage de revenir en arrière ». Le maire lui, espère bénéficier quand même de la subvention allouée pour les communes qui passent en 2013.

Les enseignants en première ligne

D’autres communes encore font le choix d’allonger la pause méridienne de 45 minutes ce qui ne modifie pas les horaires de sortie. Une organisation dictée par les contraintes budgétaires qui suscite souvent la critique légitime des enseignants comme à La Bresse (88), Nanteuil- Le-Haudouin (60), Bischwiller (67), Besançon (25), Évry (91) ou encore dans les maternelles d’Arras (62). Ces exemples montrent que l’assentiment de tous les acteurs est une condition nécessaire à la construction d’un projet de qualité dans lequel les enseignants sont en première ligne. Les problèmes rencontrés, les difficultés et les réussites devront être analysés avant que l’ensemble des communes n’applique la réforme en 2014.

Comité de suivi sur les rythmes : Obtenir des améliorations

Le comité de suivi de la réforme des rythmes a été installé le 23 avril dernier. Composé notamment de syndicats, de représentants des communes ou de parents d’élèves, il est chargé d’examiner les apports et les limites des principales organisations mises en place. Le SNUipp-FSU y participera mais ne fera pas tapisserie. Sa participation au débat est guidée par l’exigence de qualité pour les nouveaux rythmes des enfants et pour les conditions de travail des enseignants. Cette ligne de conduite sera tenue par le SNUipp dans ce comité, en faisant remonter les dysfonctionnements et en portant la nécessité de réécriture du décret afin de valoriser notamment la consultation et l’avis des conseils d’école. Dès le mois de juin, le comité présentera un point d’étape. Emaillé de bilans ponctuels, un rapport final sera publié en juin 2015.

Consulter les conseils d’école
C’est l’heure des choix. Pour le SNUipp-FSU, toute nouvelle organisation de la journée (horaires de l’école, durée de la pause méridienne, utilisation des locaux, ...) ne peut pas être le fruit d’une décision unilatérale des communes validées par le DASEN. Les conseils d’école doivent être consultés, leur avis et leurs propositions entendues. Quand un désaccord survient, une concertation doit permettre de trouver un point d’équilibre entre l’avis des conseil d’école et la commune. De plus, l’organisation des 108 heures (concertation, APC,..) est de la responsabilité pédagogique des équipes enseignantes. Le SNUipp-FSU est ferme sur le sujet : ce sont les équipes des écoles qui décident, et non les communes qui imposent.

Lire en ligne :

- Rythmes : où en est-on ?