Dossier "Lecture | Apprendre à comprendre"
« Apprendre à lire le discours des disciplines »
4 avril 2016

3 questions à Martine Jaubert, Professeure en sciences du langage et didactique du français, à l’Espé d’Aquitaine – Université de Bordeaux

Pourquoi le travail de compréhension ne peut-il pas s’appuyer uniquement sur la lecture de textes littéraires ?

On ne peut pas lire l’histoire de Margot l’escargot comme on va lire un document scientifique sur l’escargot. Le texte du savoir est souvent composite, hétérogène, dense. Il répond à des questions précises, sur le fonctionnement du vivant par exemple. Ce n’est pas la fonction du texte littéraire. Le travail sur le récit et la narration, auquel les élèves sont davantage entraînés, ne leur sera donc pas utile pour donner de la cohérence et du sens à une double-page documentaire. Les élèves peuvent, par exemple, ne pas traiter les photos ou schémas, images pourtant fondamentales dans le rapport au réel qu’entretiennent les sciences. Ils peuvent aussi lire le texte du début à la fin sans savoir à quelles questions il répond et dans quel contexte scientifique il s’inscrit.

Il faut prendre en compte l’ancrage disciplinaire des textes ?


Oui, le langage n’est pas transparent et les formes langagières ne sont pas universelles. Les savoirs, en histoire, en maths, en sciences, sont des productions historiques et culturelles, et les discours qui les rendent dicibles sont des productions sociales. Chacun a un cadre d’intelligibilité différent et spécifique. Lire un texte informatif dans une discipline suppose de comprendre le point de vue qui organise le texte, d’adopter la position énonciative pertinente et de s’inscrire dans le contexte disciplinaire, pour espérer en avoir une lecture efficace. Il faut apprendre à lire le discours des disciplines.

Quelles pratiques développer pour cela ?


On doit construire des pratiques de lecture informative, documentaire dans la durée et dès la maternelle pour acculturer progressivement les élèves aux spécificités de ces discours disciplinaires. Un travail de lecture-interprétation mené collectivement est nécessaire pour mettre en œuvre des manières de comprendre, débattre de l’acceptabilité de différentes interprétations et s’approprier simultanément le fonctionnement des textes et le savoir qu’ils exposent. D’autre part, on ne mesure pas les efforts cognitifs que demandent les changements de discipline dans une journée d’école. C’est pourquoi il est important d’aider les élèves à se réinstaller dans les pratiques, les modes d’agir-parler-penser, les valeurs et les savoirs de chaque discipline en début de séance et de réactiver les stratégies de compréhension adaptées. Les écrits intermédiaires, affiches ou autres traces, sont à ce titre très utiles.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- La lecture en panne de sens
- « Apprendre à lire le discours des disciplines » - 3 questions à Martine Jaubert, Professeure en sciences du langage et didactique du français, à l’Espé d’Aquitaine – Université de Bordeaux
- Travail en équipe à Châteauroux (36)
- Projet lecture à Alençon (61)
- « Un enseignement explicite de stratégies » - Entretien avec Maryse Bianco, maître de conférences en sciences de l’éducation