Souffrances à l’école
Agir de façon très précoce
27 septembre 2010

Le Professeur Marcel Rufo, pédopsychiatre au service de psychiatrie infanto-juvénile du CHU Sainte-Marguerite de Marseille, a parrainé la journée du refus ce l’échec scolaire. Il revient sur l’urgence à agir de manière précoce sur les souffrances des jeunes des quartiers populaires dans leur rapport à l’école.

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Les souffrances à l’école semblent commencer très tôt. Que traduisent-elles, notamment chez les enfants de milieux populaires ?

Effectivement les souffrances commencent tôt, même avant l’école, entre 2 et 3 ans. Les enfants des milieux populaires restent souvent chez eux, ils ne bénéficient pas de modes de garde collectifs comme la crèche ou la halte-garderie. Or la socialisation offerte par ces modes de garde est un des meilleurs moyens de développement de l’individu. A défaut d’une socialisation suffisante ces enfants ne se développent pas bien, ont une estime de soi insuffisante, sont inhibés... On observe des manifestations multiples et protéiformes. A cet âge, l’inégalité des chances est déjà en route : un pays qui se respecte se doit de répondre à ça.

Quelles pourraient être les réponses du système éducatif à ce malaise ?

Il faut renforcer le personnel non enseignant pour l’accompagnement dès l’entrée à l’école, pendant l’école maternelle, mais aussi aux classes charnières comme le CP ou encore le CE2 dans son articulation avec le CM1. En fait il faut quelqu’un qui fasse le relais sous forme d’un tutorat, voire d’un référent pédagogique qui se prolongerait entre les différents niveaux. Lorsqu’on constate les troubles psychologiques des jeunes adolescents, on se dit qu’il y a un début et qu’il faut agir de façon très précoce. On voit des signes tôt, nous avons besoin d’avoir les moyens de les traiter avec les enseignants.

Quelles solutions conseilleriez-vous aux enseignants pour aider les enfants à dépasser ces situations de souffrance ?

En fait il s’agit plutôt de soutenir les enseignants qui, étant bien soutenus, accompagneront mieux les enfants. Les enseignants devraient bénéficier en interne de groupes de travail pour analyser ces souffrances, leurs dimensions psychologiques, et pour réfléchir aussi à leurs propres limites. ’Cela devrait s’inscrire dans le cadre de leur formation continue. Ce peut être aussi un moyen d’enrichir leurs pratiques, de ne pas amalgamer les difficultés (par exemple celles des jeunes enseignants en ZEP et celles de leurs élèves). Cette formation pourrait se faire dans le cadre du service public avec la participation des intersecteurs de pédopsychiatrie au sein même de l’institution scolaire. Pour cela il faut créer des liens, parler ensemble.