Accueillis au saut du nid
14 septembre 2006

La moitié des enfants de moins de 3 ans fréquente une structure d’accueil, des lieux en nombre insuffisant pour une politique de la petite enfance qui ne place pas toujours les besoins éducatifs du tout petit au centre de sa réflexion.

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Autour du petit enfant et de ses parents, une multitude d’intervenants de plus en plus professionnalisés, mais une politique publique de la petite enfance qui reste marquée par des choix discutables.

La question de la garde des enfants de deux ans ne saurait se réduire à celle du « pour ou contre l’école », mais devrait être posée en d’autres termes : l’école ou quoi d’autre pour les deux ans ? » indique une étude du PIREF coordonnée en 2004 par Agnès Florin, directrice du laboratoire de psychologie à l’université de Nantes. Pour la chercheuse, l’objectif à atteindre pour toute institution prenant en charge la petite enfance, est le développement social, cognitif et affectif de l’enfant ( lire l’article ). En cette rentrée scolaire, un collectif emmené par Claire Brisset (ancienne défenseure des enfants) et Bernard Golse (professeur de pédopsychiatrie), a décidé de raviver la polémique sur la scolarisation précoce à travers un ouvrage intitulé « L’école à 2 ans : est-ce bon pour l’enfant ? ». On connaît d’avance leur réponse à ce questionnement..., même si, par ailleurs on sait aussi que pour nombre d’enfants issus de familles en difficulté, l’entrée en maternelle avant trois ans contribue au rétablissement de l’égalité des chances.

Pour le SNUipp cela appelle à une transformation de l’école maternelle, pour qu’elle soit capable de prendre en compte les besoins éducatifs du petit enfant.

La bonne démarche, ne serait-elle pas plutôt de se poser la question non pas à partir de l’institution, mais à partir du « petit enfant » et de ses besoins éducatifs ? Le petit enfant, considéré avant la scolarisation obligatoire, et plus particulièrement jusqu’au début de sa quatrième année, âge à partir duquel 99% de la tranche d’âge sont scolarisés en maternelle, placé au centre de la réflexion, telle doit être la logique prévalant à l’organisation (et la coordination ?) des modes d’accueil.

La France compte 2,372 millions d’enfants de moins de 3 ans et, tous modes d’accueil confondus (crèches, crèches parentales, assistantes maternelles, haltes garderie, école maternelle), 52,70% d’entre eux passent aujourd’hui une partie de la semaine séparés de leur famille. Le système est ainsi fait que sur le plan institutionnel l’autorité est partagée entre deux ministères : les affaires sociales et la santé pour les modes et structures de garde, l’éducation nationale pour l’école. Une double tutelle qui ne coule pas forcément de source puisque d’autres systèmes, en Europe notamment, unifient sous la responsabilité d’un seul ministère la prise en charge des enfants de 0 à 7 ans ( lire l’article ). Institutionnellement la donne est encore plus complexe du fait de la répartition des compétences entre les divers organismes et collectivités : les ministères, les communes et départements, la Caisse Nationale d’Allocations Familiales ( lire l’article ). Cette organisation rend peu lisible la (les) politique(s) publique(s) menée(s) en matière de petite enfance et certains prônent l’instauration d’un « service public de la petite enfance ». Sur le terrain, chacun fait un jour l’expérience de la difficulté d’inscrire son tout petit à la crèche. Et on parle communément d’un « déficit » de l’offre de garde sans avoir véritablement les moyens de le quantifier. Car si plus de la moitié des 0-3 ans est accueillie, la demande des familles, elle, n’est certainement pas de 100%. La place laissée aux parents et à leurs choix éducatifs, la question de la coéducation, ne sauraient être ignorées. D’autant que chaque fois que l’institution prend toute la mesure de la responsabilité parentale le passage de témoin et l’intégration du jeune enfant se passent dans de meilleures conditions ( lire le reportage ).

Psychologues, psychanalystes, pédopsychiatres... semblent avoir bien cerné aujourd’hui les besoins éducatifs nécessaires à l’épanouissement des jeunes enfants. « Il faut une attention et un environnement bienveillants permettant une liberté de mouvement pour que l’enfant puisse s’éveiller et découvrir le monde extérieur. Il est également important que l’adulte pose dans cet espace des balises claires qui vont le rassurer », résume la pédopsychiatre Christine Bellas-Cabane ( lire l’entretien ). Cette connaissance accrue a conduit peu à peu à une transformation des lieux d’accueil de la petite enfance, avec, notamment davantage de professionnalisation des personnels chargés d’accueillir ce jeune public. Assistantes maternelles, puéricultrices ou auxiliaires de puériculture, éducateurs de jeunes enfants, ATSEM, officient quotidiennement aux côtés de pédiatres, de pédopsychiatres, de professeurs des écoles dans les diverses structures d’accueil. La professionnalisation s’est accompagnée, en théorie, d’un bond qualitatif dans la prise en charge. L’heure n’est plus simplement à la garde et aux soins, chaque structure doit élaborer un projet éducatif d’établissement basé sur l’autonomie, la socialisation, le développement psychomoteur et psychologique, le respect des rythmes biologiques, etc. Dans le dispositif, l’école maternelle prend une place à part. Ses compétences vont au-delà de celles des autres lieux d’accueil. Elle est au « passage » de la petite enfance et du monde scolaire. Elle doit sans cesse s’adapter aux besoins des jeunes enfants. La formation des enseignants nécessaire à cette spécificité va diminuant, tandis que les meilleures conditions d’encadrement et d’accueil sont rarement réunies. « L’éducation de la petite enfance doit être reconnue comme la première étape de l’enseignement de base, en tant que secteur pleinement intégré au sein des systèmes éducatifs nationaux » affirme l’internationale de l’éducation. Une idée à suivre ?