A la recherche des animaux du futur
16 juin 2011
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La classe de CE2-CM1 de Saint-Vigor-le-grand s’est intéressée à l’évolution des espèces en imaginant les animaux du futur. Un projet qui a associé les élèves et des spécialistes de la paléontologie et de l’anticipation.

- Ecole Saint-Vigor
- Entretien avec Bruno Chanet
- En ligne


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L’école de Saint-Vigor-le-Grand a reçu Sébastien Steyer, paléontologue et Marc Boulay, sculpteur numérique. Non pas qu’il y ait dans ce village du Calvados les restes d’un sartoficus ou d’un thyrex, non. Les deux spécialistes sont venus présenter leur profession mais aussi découvrir des animaux qui pourraient peupler la terre dans 10 millions d’année. En effet, c’est le travail que Claire Lature a proposé à ses 25 élèves de CE2-CM1 en les invitant à les imaginer et à les dessiner.

«  Au départ je n’ai pas anticipé les tenants et aboutissants d’une telle question. Je cherchais un sujet commun à des productions en arts visuels  », explique l’enseignante qui s’est vue au final embarquée dans un projet qui a débordé et irrigué le travail de cette classe dans un projet au long cours.

Car qui pose la question des animaux du futur doit inévitablement se pencher sur les animaux du passé et leur évolution. «  Au départ les enfants ont dessiné des animaux imaginaires comme des mammifères ailés ou cracheurs de feu  » raconte Claire. Au-delà des références aux dragons, d’autres associations sont impossibles du fait de l’évolution passée. Claire s’est alors tournée vers les deux spécialistes venus les voir ce jour-là et qui ont été les deux «  conseillers scientifiques  » du projet. Et ce choix n’est pas un hasard. Sébastien Steyer travaille au muséum nationale d’histoire naturelle et Marc Boulay réalise des sculptures numériques à partir des fossiles retrouvés. Mais ils se sont aussi engagés conjointement dans un projet similaire sur les animaux du futur autour d’un livre. Sur écran, ils présentent aux élèves leurs diatrymimus boisei, perroquet «  évolué  » dont les ailes ont raccourci et dont les pattes se sont fortement développées. Ils justifient ces changements par l’environnement qui pourrait être celui de cet animal descendant des perroquets.

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Cet environnement est le même que celui que les élèves de la classe de CE2-CM1 ont choisi pour leurs animaux. Ces derniers évolueront sur une terre où la Méditerranée sera un désert de sel, où l’Antarctique aura dérivé vers le nord et une terre d’où l’homme aura disparu. De ce fait, les animaux qui en dépendent ne seront plus là non plus. Adieu veau, vache, chien, cheval et autre chat.

Les enfants ont présenté aux deux experts les héritiers des orque, raie manta, sanglier, crabe, singe, etc. Revue de cette ménagerie  : le singe a comme une membrane entre les bras et le torse pour pouvoir planer. Le crabe, lui, a perdu ses pinces, l’épine dorsale du sanglier est devenue une arme avec ses piquants sur le dos.

Des choix faits par les enfants mais nourris d’un travail préalable sur l’évolution des espèces. Documentaire, manuel, vidéo, photo... les sources sont multiples et Claire a dû faire un gros travail de recherche et de sélection au préalable. Le sujet a tellement passionné les enfants que les parents se sont aussi pris au jeu et les magazines, livres et autre supports ont afflué régulièrement dans la classe. «  Des échanges par mail avec Marc et Sébastien sont venus répondre à nos questions, orienter nos choix  » explique l’enseignante enthousiaste par la richesse de ce projet transdisciplinaire qui mélange sciences, maîtrise de la langue et arts visuels. «  Nous avons travaillé simultanément sur une fiche documentaire qui accompagnera au final le dessin des enfants dans un album  », poursuit Claire qui imagine déjà comment elle s’y prendrait si elle se relançait dans un tel projet dans le futur.


ENTRETIEN AVEC

Bruno Chanet, Professeur et correspondant au Musée national d’histoire naturelle et François Lusignan, professeur d’école, auteurs de Classer les animaux au quotidien, scréen-cndp de Bretagne, mars 2010.

- L’évolution du vivant peut-elle, doit-elle s’enseigner au primaire  ?

  • Les instructions officielles sont sibyllines. L’expression «  évolution du vivant  » n’y apparaît plus mais paradoxalement, les programmes actuels ont inscrit la classification du vivant via «  l’interprétation de ressemblances et différences en termes de parenté  ». Etudier le fait évolutif par ce biais est une véritable avancée car cela permet d’utiliser la classification scientifique contemporaine basée sur les relations entre espèces et groupes d’espèces. Nous pensons qu’enseigner la classification du vivant est tout à fait adapté aux capacités des élèves et ce dès la maternelle. Cerise sur le gâteau  : le sujet les passionne.

- Vous proposez d’utiliser la classification. Que permet cette pratique  ?

  • Les élèves sont amenés à travailler sur des échantillons d’espèces animales choisis en fonction d’une progression bien maîtrisée. L’observation et le regroupement sur la base de caractères partagés sont les clés qui permettent de classer les espèces. Par exemple, la chèvre, la vache et le chien possèdent des poils et des mamelles  : ils appartiennent au groupe des mammifères. La chèvre et la vache possèdent de plus des cornes et des sabots  : elles appartiennent au sous-groupe des ruminants. Cette démarche constructiviste permet non seulement un apprentissage de l’argumentation mais aussi un affranchissement des discours venant d’en haut. Elle donne à l’élève observateur et déducteur les compétences d’un chercheur. Les graines du savoir et de la méthode scientifique sont ainsi semées.

- Que pensez-vous de la démarche qui consiste à imaginer, avec des contraintes scientifiques, les animaux de demain  ?

  • L’intérêt ludique d’une telle activité peut être exploré à condition qu’elle vienne conclure un travail d’investigation ayant permis de construire de véritables connaissances et qu’elle s’inscrive dans cette continuité. Il sera alors impossible aux élèves d’imaginer un animal ayant 3 paires de pattes, des mamelles et des plumes car les lignées évolutives conduisant aux actuels insectes, mammifères et oiseaux se sont séparées depuis des millions d’années. L’évolution est un fait historique et imaginer le futur doit nécessairement s’appuyer sur une compréhension du passé.

EN LIGNE

- Classer les animaux dès la maternelle Des ressources créées par Bruno Chanet et François Lusignan sont disponibles sur Internet. En voici une sélection  :

- L’évolution en anglais

- Sculpture numérique

  • Le site de Marc Boulay donne à voir des sculptures numériques qu’il a réalisées. Une fenêtre ouverte sur le passé et le futur et vers la réalité augmentée. http://www.marcboulay.fr/