Sciences
À la découverte des mini-chercheurs de Langon
31 août 2016

Une classe de CE2 expérimente la démarche scientifique du monde de la recherche.

« C’est pas grave de faire des erreurs parce que ça t’apprend », pense Manon. Dans la classe de CE2 d’Amélie Vacher à l’école St Exupéry de Langon, les 28 élèves ont l’habitude de s’exprimer et de donner leur avis, comme ce matin, dans le cadre du débat-philo hebdomadaire dont le thème est : « Qu’est-ce que l’on ressent quand on apprend ? ». Lorsqu’il s’agit de présenter le projet scientifique qu’elle mène dans sa classe avec l’appui du Centre de recherches interdisciplinaires (CRI) de l’université Paris-Descartes, Amélie préfère d’ailleurs laisser la parole aux enfants. Non contents de goûter à la philosophie les élèves se sont en effet transformés tout au long de l’année en mini-chercheurs guidés par leur enseignante et par la démarche des Savanturiers proposée par le CRI.

L’éclairage d’un biologiste

Tout chercheur commence à se poser des questions et c’est la boîte à questions recensant toutes les interrogations des élèves qui constitue la première étape. « Il n’y a pas de question taboue, y compris celles ayant trait à la sexualité » précise Amélie, « c’est l’occasion d’aborder avec l’approche et le vocabulaire de la science les thèmes qui ont trait à la vie intime des enfants et ainsi de permettre de les mettre à distance. » Après avoir inventorié, trié les questions, on passe à la formulation d’hypothèses et à la recherche de réponses. Dans les livres, sur Internet, mais aussi, et c’est là un des plus du projet des Savanturiers, en ayant directement recours à un chercheur, en l’occurrence François Taddéi, biologiste, qui dialogue régulièrement en direct avec les élèves par visio-conférence. Et si, malgré tout, des questions restent sans réponse ? Alors les mini-chercheurs mettent en œuvre, comme tout bon scientifique, une démarche expérimentale qui tienne la route pour valider ou infirmer leurs hypothèses, toujours avec le soutien du chercheur associé. « Cette année, la question principale qui nous a mobilisé, ce sont les conditions pour bien apprendre », explique Amélie, « les élèves ont imaginé et mis en place des expériences en faisant varier l’environnement autour des activités d’apprentissage et en mesurant les variations dans les résultats obtenus par les élèves ».

Transversalité et interdisciplinarité

Curieux des conclusions de cette recherche ? Il ne vous reste plus qu’à vous connecter sur le site Madmagz pour consulter la brochure rédigée par les élèves qui rend compte de leur travaux. « Le compte-rendu et les publications font partie intégrante du travail du chercheur, ajoute l’enseignante, c’est aussi l’esprit du Congrès des jeunes chercheurs auquel nous venons de participer à Paris. » Voyage à Paris, matériel numérique, aménagement de l’emploi du temps à raison d’une séquence quotidienne d’ateliers consacrés au projet. Comment les apprentis chercheurs trouvent-ils les moyens nécessaires et comment sont-ils perçus par l’environnement de l’école ? « Nous sommes suivis par une mairie très à l’écoute, soutenus par les deux associations de parents et par deux associations locales » répond Amélie. « Les parents d’élèves de la classe que j’informe et associe régulièrement à la vie de la classe sont plutôt ouverts au projet et aux formes de travail particulières que cela induit : travailler par groupe, faire des ateliers par terre... » Sur le plan des contenus, Amélie voit plutôt d’un bon œil la mise en place des nouveaux programmes qui réhabilitent la transversalité et l’interdisciplinarité. « C’est difficile d’évaluer précisément les effets sur les apprentissages, reconnaît-elle, mais mes élèves ont gagné en confiance en eux, se montrent très créatifs et les violences et les tensions dans la classe ont pratiquement disparu. » De quoi conforter l’investissement de la jeune enseignante dans une pédagogie par projets qui ne se limite pas aux Savanturiers. Ses élèves tâtent aussi de la Twictée et sont impliqués dans le projet « Bâtisseurs de possibles ». « Donner du sens aux apprentissages, rechercher ensemble… j’ai besoin de ce type de pédagogie sinon je m’ennuie » reconnaît Amélie qui souhaite maintenant mieux la partager dans l’école malgré la difficulté constante à dégager du temps pour travailler collectivement.


Trois questions à François Taddéi, biologiste, directeur du Centre de recherches interdisciplinaires de Paris

Comment sont nés les Savanturiers ?
Les Savanturiers ont commencé en 2013 dans la classe d’Ange Mansour dans une ZEP Éclair de Bagneux. L’idée de départ, c’est qu’il n’y a aucune raison de réserver l’apprentissage par la recherche aux meilleurs étudiants de Berkeley. Les élèves les plus jeunes sont capables d’y accéder et d’en tirer un bénéfice, des études récentes ont même démontré une analogie entre les démarches des chercheurs et celles des bébés. Les Savanturiers œuvrent pour une école ambitieuse qui formerait tous les élèves à la créativité du questionnement, à la rigueur de la recherche et à la coopération au service de l’intérêt commun. En même temps l’idée est de former des citoyens humanistes et acteurs d’une société juste de la production et du partage des savoirs

Concrètement comment fait-on accéder de jeunes enfants à la démarche scientifique ?
Il faut aider les élèves à passer d’un questionnement enfantin à une démarche scientifique. Comme on le voit dans la classe d’Amélie, le recueil des questions n’est pas un problème, elles sont particulièrement foisonnantes et variées chez des enfants de huit ans. L’enseignant est là pour leur demander d’affiner leurs questions : la réponse existe-t-elle quelque part ? Où est-ce qu’on peut la trouver ? A ce stade, Internet, la recherche documentaire peuvent être des outils mais aussi le questionnement direct à un scientifique, comme c’est possible dans la démarche des Savanturiers. Si la réponse est introuvable et que personne ne l’a, c’est là qu’on peut mettre en place une démarche scientifique comme celle des élèves d’Amélie sur les conditions de l’apprentissage.

Quel est l’intérêt de ce thème pour les enfants ?
Les élèves sont en général plutôt ravis d’apprendre qu’ils ont un cerveau ! Et surtout que cet organe est susceptible de se transformer, de se développer et de s’améliorer quel que soit son propriétaire. Réfléchir aux conditions qui permettent un meilleur apprentissage est particulièrement intéressant pour des enfants qui passent une partie de leur journée à ça. On peut dégager des constantes avec des choses qui sont comparables dans les activités sportives et dans l’acquisition de savoirs particuliers comme les mathématiques ou la grammaire. La prise en compte des émotions et des moyens de les maîtriser est aussi un facteur essentiel qu’on envisage rarement dans les classes.


Ressources

Devenir des Savanturiers
Le site des Savanturiers élaboré par le CRI en lien avec l’université Paris-Descartes présente de façon complète la démarche proposée. On peut y retrouver les projets déjà menés, s’inscrire pour l’année 2016-2017 en prenant contact avec des scientifiques disponibles mais aussi consulter bon nombre de ressources et prendre connaissance des formations proposées pour les enseignants dès l’école primaire.

- Visiter le site des Savanturiers

Bâtisseurs de possibles
« Bâtisseurs de possibles » se propose de « permettre aux enfants de se rendre compte qu’ils ne sont pas trop petits pour changer les choses ». Il invite les enseignants à élaborer des projets de classe citoyens visant à donner du sens aux apprentissages et à créer un climat de classe favorable. Renseignements, inscriptions, ressources et même un MOOC pour se former à distance sont disponibles sur le site.

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Témoignage

Corinne Marlot, maîtresse de conférences en sciences de l’éducation au laboratoire ACTé. Elle présente la problématique de l’enseignement des sciences à l’école élémentaire, en pointant les pièges et les travers à éviter, en donnant aux enseignants repères et points d’appui pour aider les élèves à acquérir connaissances et savoir-faire.

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