A l’école Soleil Levant d’Abbeville la littérature s’impose
23 janvier 2003

Les enseignantes de cycle 3 de l’école du Soleil Levant d’Abbeville ont relevé le défi d’enseigner la littérature à l’école primaire. Malgré les tâtonnements, cette nouvelle matière s’impose.

Sur l’emploi du temps des enfants de Cycle 3 de l’école du Soleil Levant d’Abbeville, quatre fois par semaine on peut lire : " Littérature ". L’équipe a décidé de mettre en place dés cette année les nouveaux programmes. Les enseignantes se sont lancées à la suite d’une animation pédagogique sur le sujet animée par Christine Campoli, professeur à l’IUFM d’Amiens. " Ca n’était obligatoire que pour les CE2, explique Martine Foubert directrice et enseignante de CM2, mais on s’est dit que ce serait plus facile de se lancer toutes ensemble ". Dans sa classe, la lecture littéraire est ainsi devenue l’activité principale et les autres connaissances dans le domaine de la langue en découlent. Ce lundi un nouveau texte est proposé aux élèves, une nouvelle extraite de " Le rêveur " de Ian Mac Ewan. Martine a tapé le texte et l’a scindé en une dizaine de partie que les élèves vont découvrir petit à petit. Après lecture - silencieuse, à voix haute par le maître ou par les élèves - chaque extrait est l’objet d’un débat pendant lequel les enfants avancent impressions, hypothèses. Les interventions fusent, parfois contradictoires et quand une quatrième feuille arrive imprimée recto-verso, pas un ne rechigne.

Christine Campoli* explique : " Ce type d’activité a pour objectif de permettre aux enfants d’accéder à la lecture interprétative, , les élèves interprètent à partir de leur expérience de vie mais surtout à partir de leur expérience de lecteur et cela suppose de construire un socle culturel ". Et pour ça, la simple imprégnation ne suffit pas. " Il existe des savoirs spécifiques à la littérature, ajoute-t-elle, comme par exemple la notion de symbole. Le mur, les saisons, les personnages..., tous ces éléments sont des symboles, des figures culturelles qui demandent à être explicités. Lever les implicites d’un texte, ça ne va pas de soi ".

Construire ces compétences de lecteur passe par la mise en réseau des textes et ce lundi les CM2 font tout suite référence à une autre nouvelle fantastique qu’ils ont lu il y a quelques temps : " Madame, c’est comme la crème évanescente, c’est peut-être un autre chapitre ! ", "Peut-être que Peter rêve encore ". Martine a perçu un réel saut qualitatif depuis la rentrée. " Au départ, les échanges étaient un peu plat mais maintenant les enfants ont de vrais échanges, ils parlent beaucoup plus ". Depuis septembre, chaque enfant de cycle 3 a un classeur où sont répertoriés les textes et un cahier de lecteur. Trouver un titre, dessiner un personnage, une scène, répondre à une question, noter des impressions ; ce cahier a pour but de constituer un support écrit qui permet aux enfants de garder une trace de leurs lectures.

Après trois mois de pratique, Martine comme Anne Lavallard qui enseigne en CE2-CM1 sont contentes d’avoir osé. Les deux enseignantes ont considérablement augmenté le nombre de textes lus et manifestement les enfants apprécient cette activité. Mais elles se posent aussi beaucoup de questions. Anne qui est sortie de l’IUFM depuis deux ans s’interroge : " certains élèves ont des difficultés de compréhension, il est difficile de les résoudre comme il est très difficile d’évaluer les progrès ". Elle souligne aussi les difficultés pour faire l’emploi du temps, les activités autour de l’observation du langage demandent du temps.

Les attentes en formation continue sont fortes, Martine s’est d’ailleurs inscrite à un stage long sur ce thème. Christine Campoli insiste aussi sur le nécessaire accompagnement de ces nouveaux textes : " Non seulement il faut donner aux maîtres une culture littéraire mais aussi poursuivre la recherche pour affiner nos connaissances sur la construction des compétences de lecteur ". Un enjeu de taille pour éviter que la littérature à l’école primaire ne soit qu’un supplément d’âme.


* Christine Campoli a participé à une recherche INRP menée sous la direction de Catherine Tauveron. Un ouvrage est issu de cette recherche : " Lire la littérature à l’école " Hatier 2002