Grand Angle
À Pontcharra, « on joue ensemble »
14 janvier 2014

À Pontcharra en Isère, les travailleurs sociaux et les membres du Rased travaillent en partenariat pour prévenir les difficultés scolaires et sociales dès la maternelle. C’est le jeu qui crée ici le lien social à l’échelle de l’école et du quartier.

Plutôt active économiquement la ville de Pontcharra dans l’Isère ! À peine plus de 7 000 habitants mais une grande zone industrielle, un village d’entreprises, un parc d’activités. Le passé industriel est très présent dans cette vallée du Grésivaudan marquée par les papeteries du XIXe siècle. L’actuel lycée, implanté dans un phalanstère de 1928, rappelle la tradition ouvrière de cette commune où les différentes vagues d’immigration ont alimenté la population locale. « Ici, on peut voir nos enfants autrement » Anne (maman de Xavier et Kenocha) / « Julia ne va pas encore à l’école, ça lui permet de s’y préparer » Murielle

Le quartier Villard Benoit en témoigne plus que les autres. « C’est un quartier plus populaire, avec davantage de familles d’origine étrangère », confirme Josiane Carassio, l’élue municipale chargée de l’enfance. Villard Benoit semble contredire en effet l’évolution de la ville vers une diversification de ses activités et l’accueil d’une population plus aisée d’employés et de cadres. L’élue ajoute avec précaution que « ce n’est pas un quartier difficile mais que tout n’est pas facile non plus. » On comprendra qu’on y connaît davantage de difficultés sociales et que le quartier « avait mauvaise réputation ». « Avait » parce que « les choses s’améliorent » dit l’élue.

Des constats partagés

La municipalité a cherché en effet à mettre les structures sociales et culturelles au plus près du quartier et de ses habitants. La médiathèque, la ludothèque, le centre social, un lieu d’aide à la parentalité sont accessibles à tous mais n’étaient pas toujours investis par ceux qui en avaient le plus besoin. Des parents en demande d’aide n’allant pas vers les structures existantes, c’était une problématique rencontrée par les services médico-sociaux du secteur. Le constat était partagé à l’école Villard Benoit plantée au milieu des zones pavillonnaires et des immeubles, où on évoque les difficultés des élèves mais aussi celles de leur famille. « Il y a 6 ans, suite à un travail de prévention dans l’école, nous avons fait le constat de difficultés scolaires notamment au niveau du langage et de la compréhension du français. Mais les parents nous ont confié aussi avoir des problèmes d’autorité avec leurs enfants ou des difficultés à faire respecter leurs besoins fondamentaux.  » explique Maryse Charmet, la maîtresse G du Rased domiciliée ici à la maternelle. « L’école n’est pas classée en ZEP mais elle le mériterait » conclut-elle. Une réflexion en réseau, école, Rased et travailleurs des secteurs éducatifs, sociaux et médico-sociaux s’est alors mise en place avec la conviction partagée qu’un travail de prévention devait se faire au niveau des familles et pouvait se fédérer autour de l’école.

Un espace d’accueil parents-enfants

« On joue ensemble » a donc vu le jour il y a cinq ans : chaque semaine, les parents de l’école maternelle et leurs enfants sont invités à un moment de jeu et de convivialité. La forme de ce dispositif est maintenant stabilisée et, tous les jeudis matin de 8h30 à 9h30, après un rituel de présentation, enfants comme adultes s’installent en petits groupes autour des tables de jeux de société. On joue bien sûr, on parle, on écoute, les petits expliquent aux grands, les grands aux petits, on boit le café ou on grignote un bout de croissant, on rit, on sourit. On pose une question, on évoque un problème, on se fixe des rendez-vous. L’heure écoulée, après l’histoire qui marque la fin de la séance, les enfants scolarisés rejoignent leur classe, les parents leurs activités et les « accueillants » se réunissent pour un bilan rapide de la séance. Chaque semaine ce sont ainsi 20 à 30 personnes qui se croisent, jouent et échangent sous le regard bienveillant et attentif d’une équipe pluri professionnelle.

Du lien, du liant …

On comprend le bénéfice que l’école tire du dispositif : des contacts facilités, une passerelle entre la famille et l’école, la dédramatisation de la difficulté scolaire, mais ses effets sont aussi positifs pour les autres partenaires. « On travaille tous avec les mêmes enfants, c’est donc important de constituer un réseau et d’être reconnus en tant que professionnels » dit Agnès Lange qui dirige le centre de loisirs. À la ludothèque, Florence Bancion pointe « la transversalité du dispositif et les interactions » qu’il permet. Elle prête en effet les jeux à l’école, travaille avec des parents qui y animent des séances, les invite pour inciter à une fréquentation familiale et autonome de la ludothèque. « Ça change notre image, on n’est plus celles qui jugent mais au contraire des personnes ressources que les familles peuvent contacter plus facilement » disent en cœur Sophie Soubeyrand et Sophie Deléglise, les deux assistantes sociales de secteur. Et en effet les regards changent : chez les professionnels qui apprennent à se connaître et à travailler ensemble mais aussi chez les parents qui ne voient plus l’école et les services sociaux de la même façon. Ils participent, mieux, ils « s’autorisent » et prennent des initiatives : création d’un spectacle pour les enfants, gestion d’un affichage à destination des parents, participation aux élections de parents, organisation de rencontres ou de moments festifs… « On joue ensemble » commence à être connu et reconnu, le dispositif est maintenant pérenne, cadré par un comité de pilotage. Pourtant, s’il est cité en exemple, il n’est pas érigé en modèle par ses créateurs qui savent qu’il est lié à un contexte, qu’il est le fruit d’un patient travail collectif. « La confiance est une question capitale, conclut Maryse Charmet, elle doit se construire et s’entretenir  ».

RASED : les pôles en question

Maryse Charmet, la maitresse G du Rased dont dépend l’école Villard Benoit est aussi présidente de la Fnaren (Fédération nationale des rééducateurs de l’Éducation nationale). Elle met en oeuvre avec « on joue ensemble » une des propositions de sa fédération. Selon celle-ci, des dispositifs en réseau composés d’équipes pluri professionnelles doivent être développés pour mieux répondre aux situations rencontrées et assurer un travail de prévention. Une préfiguration des « pôles d’aide au bien être et à la réussite de l’enfant scolarisé » que son comité scientifique appelle de ses voeux. Une version différente de celle du ministère qui a confirmé dans le cadre des chantiers métier la création de « pôles ressources de circonscription » dont les contours sont encore flous. Des précisions s’imposent pour ne pas cantonner les maîtres G dans des rôles d’expert, de conseiller ou de gestionnaire de situation de crise. Le SNUipp, comme la Fnaren sont attachés à l’aide directe auprès des élèves, tant pour la prévention que pour la remédiation

A consulter :

- 4ème FORUM des RASED 2013 : « Quel(s) partenariat(s) pour quelle école ? »
- Arnaud Tiercelin : Une éducation partagée à l’échelle des territoires