À Mons-en-Barœul, la maternelle joue la carte des réussites
17 septembre 2016

Comme dans les 14 754 écoles maternelles de France, c’est la pré-rentrée pour l’équipe d’Anne Frank à Mons-en Barœul (59). Programme chargé : il faut organiser les mesures de sécurité et mettre en place les nouvelles évaluations.

« Nous on entre directement dans le vif du sujet  !  » Pascale Calcoen, maîtresse de PS-GS et directrice de l’école Anne Frank à Mons-en-Barœul (59), en Rep+, peut s’appuyer sur une équipe stable, de sept enseignantes, titulaires et compléments de poste, pour se plonger illico ce mercredi 31 août dans l’organisation de la rentrée. Organisation pratique avec les listes des classes à vérifier, les emplois du temps des salles partagées, BCD, salle de motricité, la prévision des sorties culturelles. Mais aussi un gros sujet, les mesures de sécurité. « J’aurai beaucoup de questions à poser à la réunion de directeurs  », souligne Pascale, «  car je ne me vois pas du tout confiner toute la maternelle, allonger les enfants par terre, en silence, en barricadant les issues, même sous forme de jeu ! » Pour l’instant, sont donc perpétuées les mesures de l’année dernière, alertes incendie et danger chimique, fermeture de la grille en dehors des heures d’entrées et de sorties.

Des programmes proches de leurs pratiques

Un autre chantier d’envergure cette année sera la refonte du règlement intérieur de l’école, «  pour le mettre en conformité avec la convention des droits de l’enfant  ». Il sera tripartite avec les droits et devoirs des élèves, des parents et des professeurs. Enfin, l’équipe poursuit la mise en œuvre des nouveaux programmes, qui n’ont pas bouleversé les habitudes, «  Pour une fois ils sont en cohérence avec ce que l’on fait  », se félicitent ainsi Stéphanie Hadiri et Sabine Firringeri, maîtresses des TPS-PS-MS. Elles y retrouvent leur souci d’exigence et de bienveillance, la mise en valeur des réussites et tout le travail sur le langage oral « avec le quoi de neuf, les présentations, la création de textes en dictée à l’adulte  ». Ce qui a le plus changé concerne «  les maths, avec l’insistance sur les premiers nombres  », explique Charline Ouattara, en PS-GS, mais la manipulation était déjà là, grâce aux tangrams, géoplans et abaques dans les classes.

L’équipe prévoit cette année de mettre l’accent sur «  le spectacle vivant », clairement stipulé dans les textes, l’APC y sera consacrée pour préparer des saynètes de théâtre en petits groupes, à partir des textes d’élèves. La formation à ces nouveaux programmes a été… succincte, avec juste une animation pédagogique.

«  Simplifier le carnet de réussites pour qu’il soit plus parlant.  »

Les enseignantes ont donc surtout travaillé en interne, en conseils de cycle et lors de deux demi-journées Rep+ sur les neuf réservées à leur réflexion d’école. Au menu  : l’élaboration de leur «  album de mes réussites à l’école maternelle  », qu’elles ont ensuite été invitées à présenter à la circonscription. «  On a pris un peu d’avance  ». Elles ont commencé par lister toutes les compétences à travailler par grand champ d’apprentissage, autonomie, langage, découverte du monde… avec des images en noir et blanc. À chaque fois qu’un enfant avait acquis une compétence, lui ou son professeur collait l’image en couleur pardessus. Ce travail leur a permis de bien s’imprégner des nouveaux textes, se rendre compte de ce qu’elles faisaient moins, en sciences, en mesures. Mais la gestion s’est avérée harassante, surtout pour les GS puisqu’il fallait rattraper tout ce qui avait été fait auparavant. Le carnet, présenté en juin, s’est révélé parfois anxiogène, des parents s’inquiétant de ce qui n’avait pas été mis en couleur. Et puis on en revenait presque aux bons points« Des enfants demandaient “Qu’est-ce que je dois faire pour avoir l’étiquette”  ?  » Résultat, l’équipe s’est remise à la tâche,«  mais cette fois-ci pour simplifier, qu’il soit plus parlant  ». Toujours par champ d’apprentissage, elles ont ajouté «  des pages vierges, comme cela on colle au fur et à mesure, on voit mieux la progression  ».


« Renoncer à évaluer tous les items systématiquement pour tous les élèves en même temps » : 3 questions à Yannick Bouché, IEN maternelle de Meurthe-et-Moselle (54)

Yannick Bouché est inspectrice départementale maternelle de l’Éducation nationale de Meurthe-et-Moselle. Elle a accompagné les équipes du département dans l’appropriation des nouveaux programmes lors de conférences et d’animations pédagogiques qui se poursuivent cette année.

Les maternelles entament leur 2e rentrée avec les nouveaux programmes, quel premier bilan en tirez-vous  ?

Chaque équipe s’est approprié les nouveaux programmes en fonction de son projet mais en général ce qui a été privilégié, c’est le langage oral et la construction du nombre, ainsi que l’accueil des moins de trois ans. Et cette réflexion sur les TPS a eu un impact sur l’accueil des enfants en général, la prise en compte de leurs besoins. La difficulté, c’est de trouver un équilibre entre une pédagogie développementale qui prenne en compte les capacités de chaque élève et une pédagogie structurée autour des contenus.

Comment réussir l’évaluation positive ?

Dresser des tableaux de compétences, où l’on coche ce qui est acquis ou pas encore, les enseignants savent faire. Là, avec le carnet de réussites, ce n’est pas du tout la même logique et cela peut déstabiliser. Il faut changer sa posture, observer ce qu’ils font, comment ils le font, en intégrant les élèves à cette réflexion pour qu’ils comprennent le sens des activités. Plus l’enfant grandit, plus il sera en mesure de le remplir son carnet sur des temps dédiés dirigés puis seul, au coup par coup. Ce carnet n’est pas une fin en soi, mais un outil, à construire en équipe. Il est évolutif, on ne peut pas faire apparaître toutes les compétences à atteindre pour chaque enfant, sinon on passe son temps à essayer de le remplir au détriment du temps d’apprentissage.

Observer pour évaluer, ce n’est pas évident.

Il faut renoncer à évaluer systématiquement tous les items pour tous les enfants en même temps. Selon le domaine d’apprentissage et la compétence visée, l’évaluation se mène au cours d’activités ordinaires ou spécifiques, à l’oral, en situation ou éventuellement sur fiche. Les traces sont individuelles ou collectives et témoignent d’une étape franchie, d’un progrès. On peut prendre un petit groupe pour remplir les carnets pendant que les autres sont en autonomie. Pour le même item il peut y avoir des niveaux de réalisation attendus différents selon les élèves, c’est donc une évaluation très fine. Ils sont tous différents en arrivant en maternelle, leur parcours de réussites est forcément spécifique.


Ressources

Pédagogie : des ressources, des vidéos

Le site du SNUipp.fr met à jour régulièrement les documents pouvant aider les enseignantes et enseignants de maternelle, que ce soit dans la mise en œuvre des nouveaux programmes ou l’évaluation des élèves, en cours d’année et en fin de cycle 1. Sont également en ligne des vidéos de Viviane Bouysse, inspectrice générale de l’Education nationale ou encore Véronique Boiron, enseignante chercheure en Sciences du langage et en didactique du français.

Évaluation : des exemples de carnets en ligne

Des exemples de carnet de suivi sont en ligne sur le site Eduscol et peuvent servir d’inspiration. On trouve ainsi trois présentations différentes, avec ou sans photos, du « carnet de Sami  », livret de sept pages d’un enfant de moins de 3 ans. Sont notées ses réussites à différentes dates, de septembre à février, mises en perspective avec ce qui sera attendu en fin d’école maternelle. Est également téléchargeable le modèle national de bilan de fin de cycle 1.

- Sur le site d’Eduscol