Éducation à l’environnement
A Colombes, une pédagogie durable
11 décembre 2013

À l’école Marcel Pagnol de Colombes, l’éducation à l’environnement est un art de vivre. Elle irrigue au quotidien démarches pédagogiques, contenus d’apprentissages et attitudes éco citoyennes. Reportage

C’est l’heure de la récréation à l’école Marcel Pagnol de Colombes (Hauts de Seine) et alors que la plupart des enfants s’égaillent dans la cour de récréation, Romy et Agathe, élèves du CE2-CM1 s’occupent de nourrir les animaux. Il y a là deux gardons, ramenés d’une classe de découverte il y a quatre ans, une famille de gerbilles, un couple de perruches et des phasmes. «  Des spécimens représentant quatre classes du règne animal » indique Aline Chemin, la directrice de cette école primaire de seize classes - cinq maternelles, onze élémentaires - coincée entre barres d’immeubles et pavillons de banlieue et qui a fait de l’éducation au développement durable le projet de toute l’école. « Tout a commencé en 2008 avec un dispositif d’aide à la lecture où il s’agissait déjà de travailler avec des élèves sur un mini diagnostic environnemental. » raconte Aline. «  Et de fil en aiguille, à la faveur de la mise en place d’un agenda 21 dans la commune, nous avons construit sa déclinaison scolaire, appuyés par la municipalité. » L’agenda 21 scolaire, tout le monde s’est mis autour d’une table pour le définir : enseignants, services techniques, parents et aussi représentants des élèves, afin de dégager un plan d’actions sur trois ans qui décline à la fois des activités pédagogiques liées à l’éducation à l’environnement et à la biodiversité, mais aussi à l’écocitoyenneté, à la solidarité et à la diversité culturelle.

Pour tous les cycles

« Il est vrai que la dimension pédagogique est première », souligne Aline et chaque classe s’implique en fonction de ses envies. Il y a des enseignants qui sont embarqués dans l’aventure depuis le début, c’est le cas de Stéphane Berthon le maître de CM2. Pour lui, « tous les contenus d’enseignement, ou à peu près, peuvent être abordés au travers d’une approche d’éducation à l’environnement. » Il a par exemple organisé la mesure du débit des robinets de l’école, démarche expérimentale qui tout à la fois « donne du sens à des apprentissages qu’on pourrait considérer comme trop théoriques » et permet une sensibilisation à certains éco gestes, explique-t-il. Dans la classe des CE2-CM1, il y a des sciences aujourd’hui. Les élèves de Gersande Sollossi récapitulent ce qu’ils savent des phasmes et de leurs particularités. « Nous n’avons que des femelles » lance Alia « et elles font les bébés toutes seules ! » « Elles s’auto fécondent » corrige son voisin. Il faut être précis dans la description, d’autant qu’après les observations au microscope électronique, les recherches documentaires et le travail d’illustration, il faudra passer dans les autres classes pour présenter le cycle de vie de ces curieux insectes. Une façon cette fois, de construire de la confiance en soi, du goût pour le partage des connaissances.

Indispensable coordination

La maternelle n’est pas en reste et les petits-moyens s’occupent du jardin qui borde la cour. Perrine, leur institutrice, a saisi l’occasion des nouvelles APC pour associer les enfants à la préparation du terrain. « La semaine prochaine, nous pourrons planter les bulbes. » annonce-telle. Et ils ne manqueront pas de terreau, pas plus que le verger en cours de repiquage. Le composteur de l’école, alimenté par les restes de la cantine, y pourvoira largement. Un peu plus loin, une mare conçue par deux classes de CE2 se peuple progressivement de tout un écosystème en cours de classification. « On attend les premiers têtards » s’amuse Aline. D’une façon générale, elle admet néanmoins « la complexité qu’il y a à coordonner tout ce foisonnement d’activités ». Les temps de concertation y suffisent à peine. « Ça demande de la coordination, de l’adaptation permanente mais le projet est un moteur pour la vie de l’école, son dynamisme pédagogique » ajoute Stéphane. Mais c’est déjà l’heure du Conseil des éco-délégués, réuni tous les quinze jours pour faire le point sur les dossiers en cours. Des délégués en culottes courtes qui ont une idée bien arrêtée de leurs responsabilités et Hajar résume le sentiment général. « Notre but est que chacun comprenne à quel point il est important de protéger notre planète. » L’ambition ne semble pas démesurée...


Trois questions à

Michel Hagnerelle, géographe, Inspecteur général de l’éducation nationale en charge d’une mission sur la généralisation de l’éducation au développement durable.

Comment la « rue de Grenelle » aborde-t-elle cette question de l’éducation au développement durable ?

On parle d’éducation à l’environnement dans le système éducatif depuis une circulaire fondatrice de 1977, même s’il faut bien reconnaître qu’elle n’était pas le reflet d’une politique nationale forte. C’est depuis les années 2000 que les choses se sont accélérées, avec notamment en 2004 un texte qui d’une part inscrivait explicitement cette éducation dans tous les programmes d’enseignement et qui d’autre part encourageait la définition de projets d’écoles basés sur les trois piliers du développement durable : la prise en compte des questions environnementales mais aussi la justice sociale, et l’équité économique. Un nouveau pas a été franchi en août dernier, avec la publication au BO d’une importante circulaire sur la démarche globale de développement durable dans les écoles et la création d’un label Éducation nationale (E3D).

Quels sont les enjeux de cette éducation au développement durable ?

Ce sont avant tout des enjeux éducatifs. Il s’agit bien de dépasser la culpabilisation et le catastrophisme ambiant. L’essentiel est moins dans la prescription d’automatismes tels qu’éteindre la lumière, ou économiser le papier (qui sont certes des gestes utiles) que d’éduquer au choix, à l’argumentation, à la prise de responsabilité et à l’engagement. C’est, dès le plus jeune âge, une façon de concevoir les apprentissages mais aussi une manière de rendre les élèves acteurs d’un futur qui n’est pas écrit.

Les enseignants sont-ils bien préparés ?

Des difficultés existent, liées parfois à une médiatisation excessive des questions d’environnement qui frise la surdose et donne une vision un peu biaisée des responsabilités de l’école, de ce qu’elle peut faire. Il est vrai aussi que la nouveauté des problématiques liées à l’EDD nécessite un effort particulier de formation initiale et continue. La nouvelle loi d’orientation, tout comme les objectifs de formation assignés aux ESPE y font aujourd’hui explicitement référence. Quoi qu’il en soit, en matière d’éducation et s’agissant de questions aussi importantes, on s’inscrit forcément dans le temps long. On dit que les grands mouvements de contenus et d’orientations éducatives prennent deux décennies pour qu’on en sente vraiment les effets. On est dans ce tempo là.

Ressources

Visiter
- le site du CRDP d’Amiens, pôle national de compétence en éducation au développement durable

- le site de l’’union nationale des centres permanents d’initiatives pour l’environnement (UNCPIE)