Du 8 au 12 septembre
1ères journées nationales d’action contre l’illettrisme
5 septembre 2014

A l’occasion des 1ères journées nationales d’action contre l’illettrisme, qui auront lieu du 8 au 12 septembre 2014 partout en France, SNUipp.fr a interviewé Eric Nedelec, coordonnateur national de l’ANLCI.

Du 8 au 12 septembre ont lieu les journées nationales d’action contre l’illettrisme. En quoi consistent-elles ?

Le 8 septembre est la journée internationale pour l’alphabétisation de l’UNESCO. C’est une occasion unique de mettre en lumière la situation propre à notre pays en organisant, avec ceux qui agissent au quotidien contre l’illettrisme, plus d’une centaine de manifestations partout en France (portes ouvertes, ateliers, débats, marches contre l’illettrisme, conférences,...) pour faire connaître la réalité des personnes concernées et les solutions qui existent. Dans notre pays en effet, plus de 2.500.000 personnes âgées de 16 à 65 ans sont en situation d’illettrisme après avoir pourtant été scolarisées. Ces personnes ne maîtrisent pas les compétences de base nécessaires en lecture, écriture et calcul pour être autonomes dans des situations simples de leur vie quotidienne : écrire un message, lire le carnet scolaire de leurs enfants, comprendre une notice de médicament, une consigne de travail ou de sécurité, utiliser un distributeur automatique de billets, lire un plan, faire un calcul… Si une marche importante a été franchie en 2013, beaucoup reste encore à faire. C’est pourquoi tous les partenaires de la société civile engagés dans la mobilisation « Grande cause 2013 » ont souhaité que cette dynamique se poursuive en 2014 en renforçant leur coopération et en organisant les 1ères journées nationales d’action contre l’illettrisme du 8 au 12 septembre 2014 avec le triple objectif d’amplifier la prise de conscience sur ce phénomène, de valoriser les solutions qui marchent et d’en installer de nouvelles.

Comment réagir face à des parents d’élèves en situation illettrisme ?

S’il est évident qu’il existe un certain nombre de signes, d’indices, de situations qui peuvent laisser supposer qu’il peut y avoir des difficultés pour les parents, ce qui est le plus important c’est de donner confiance à ces parents qui comme tous les autres voire plus que les autres souhaitent que leurs enfants réussissent. Cette mise en confiance n’est possible qu’à condition d’avoir une connaissance minimale du problème : De quoi parle-t-on lorsqu’on parle d’illettrisme ? De qui parle-t-on, qui sont les personnes concernées et combien sont-elles ? Quelles sont les conséquences d’une situation d’illettrisme, pour les personnes, dans toutes les situations simples de la vie quotidienne ? Si le problème est aujourd’hui plus connu, reconnu, compris, nombreux sont encore les professionnels qui dans leurs postures d’accueillants ne disposent pas toujours de l’outillage nécessaire pour être en mesure dans leurs interventions, de réunir toutes les conditions d’une mise en confiance efficace. Par exemple il n’est pas rare lors d’un rendez-vous de dire en guise de conseil à une personne dont on sait qu’elle a des enfants qu’il est important de lire un livre, une histoire à son enfant et ce dès le plus jeune âge. On ajoute même souvent que cela favorisera la réussite scolaire. Si de nombreuses personnes commettent cette « erreur » ce n’est pas par mauvaise intention mais c’est bien parce qu’elles ne disposent pas des ressources nécessaires pour l’éviter. Elles n’ont pas conscience que les personnes en situation d’illettrisme, qui font tout pour dissimuler leurs difficultés, reçoivent ce conseil comme une condamnation à une double peine : On leur renvoie le fait qu’elles n’ont pas la compétence qui leur permettra de lire, et ce alors qu’elles ont été scolarisées, ce qui est perçu comme socialement incorrect. On leur renvoie aussi le fait que leurs propres enfants seront eux aussi en échec puisque, mauvais parents ils ne pourront pas accomplir cette tâche simple garantie de réussite. Si ces mêmes personnes, ont bénéficié à minima d’une action d’information de sensibilisation d’une courte durée elles ne commettront pas cette erreur et diront plus volontiers « c’est important tous les jours de partager un moment avec son enfant de parler avec lui autour d’un album ».

Comment peut-on aider ces familles ?

Quand les adultes parents se sentent en confiance et considérés il est dès lors plus facile pour elle d’oser formuler des besoins, des attentes, des envies parfois. Cela passe donc par la pratique d’activités qui pour certaines peuvent être en lien avec la scolarité des enfants. Ces activités permettent aux parents de se mobiliser durablement et ensuite d’envisager un parcours de formation qualifiant. La démarche des Actions Educatives et Familiales (AEF) proposées par l’ANLCI s’adresse à des familles dont les parents peuvent être en situation d’illettrisme. Les AEF, démarche innovante, font le pari que la mobilisation des parents est plus facile et plus forte au moment des temps clés de la vie scolaire des enfants. Un déclic peut alors se produire pour faciliter leur engagement dans une démarche de ré-acquisition des savoirs de base et pour leurs enfants grâce à l’installation d’un climat de réussite éducative. Mobiliser des parents d’élèves par le biais d’actions auxquelles participent leurs enfants, permet de faciliter l’entrée dans la culture de l’écrit pour ces enfants et aide ces parents à construire une relation positive avec l’école tout en s’engageant pour réapprendre la base de la base. C’est pourquoi nous proposons un kit pour sensibiliser les équipes pédagogiques et la communauté éducative à la situation des parents en situation d’illettrisme ou de grande fragilité linguistique. À travers des outils clé en main, ce kit pédagogique permet aux professionnels de l’éducation de s’informer et de participer à l’organisation d’actions partenariales en direction des parents.

A consulter :

- Le site de l’ANLCI
- Le kit pédagogique
- Eric Nedelec : « La démarche des actions éducatives familiales : un cercle vertueux au profit de la lutte contre l’illettrisme »